Défaut d’assurance auto – le confinement n’est pas une excuse

Obligés de laisser leur voiture au garage le temps que durera le confinement par temps d’épidémie au Covid-19, les Français se demandent s’ils doivent encore payer leur assurance. La réponse est nette : même à l’arrêt, un véhicule doit être assuré. La formule au tiers peut suffire, néanmoins

Question de sémantique : ne devrait-on pas parler de distanciation physique plutôt que sociale ? Quoi qu’il en soit, maintenir un bon mètre avec la personne qui vous précède dans la file d’attente jusqu’à la boulangerie ne vous prive pas d’entendre les doléances et coups de génie proférés par nos concitoyens. Ce matin, un automobiliste ramené au rang de simple piéton s’exclamait sur un ton de défi : “Alors comme cela, fini les sorties ? Tout le monde chez soi ? Eh bien ! Puisqu’on nous interdit de prendre la bagnole pour rendre visite à nos parents, je vais demander à mon assureur de me rembourser ma prime.” A entendre les murmures approbateurs, la cause semblait entendue. Mais qu’en est-il en vérité ? 

Nous avons posé la question à Julien Fillaud, Directeur général du comparateur d’assurances Hyperassur.com qui ne s’étonne pas de ce sentiment de défiance : “Si j’avais rencontré ce Monsieur, je lui aurais rappelé que son contrat d’assurance est conçu pour protéger les autres et sa voiture, autant que lui-même”, entonne ce professionnel, comme pour faire écho aux consignes d’hygiène répétés inlassablement sur toutes les ondes. “Voilà pourquoi le propriétaire est tenu de toujours assurer au tiers un véhicule qui ne roule plus. Même stationné à l’abri, il peut causer des dégâts en prenant feu.” 

La sagesse recommande de toujours assurer son auto, même arrêtée pour longtemps 

La recommandation de Julien Fillaud coule de source : “En cette période de confinement, où une recrudescence des vols et du vandalisme est à craindre, il est plus que jamais nécessaire de veiller à bien assurer son véhicule.” Des véhicules arrêtés dans des rues anormalement calmes peuvent constituer des cibles tentantes pour les voleurs, qui risquent moins d’être dérangés durant leurs basses œuvres qu’en temps normal. Mieux vaut prévenir que guérir. 

Hélas, l’assuré ne raisonne généralement qu’a posteriori. Quand tout va bien, il ne daigne voir que ce que sa prime lui a coûté, sans jamais comparer ce montant à celui que son assurance lui aurait permis d’économiser en cas de sinistre. L’interdiction de circuler librement l’encourage à économiser le montant de la prime et à résilier son assurance, conformément au droit ouvert par la loi Hamon pour tout contrat âgé de plus d’un an. Grave erreur. 

L’assurance au tiers convient parfaitement aux véhicules de plus de cinq ans remisés pour la durée du confinement 

Plutôt que de résilier son contrat, l’automobiliste ferait mieux de solliciter une révision de ses garanties. “Il existe trois niveaux dans l’assurance auto“, rappelle Julien Fillaud. “L’assurance au tiers couvre les dommages causés à autrui, par le conducteur du véhicule ou par le véhicule lui-même, lorsqu’il est en stationnement. Le niveau intermédiaire ajouter une couverture contre le vol et l’incendie. Quant au troisième niveau, il permet de couvrir tous les risques.” Julien Fillaud recommande aux automobilistes d’informer leur assureur de tout changement dans leur situation : “Le montant de la prime est basé — en partie — sur le kilométrage couvert par l’assuré au volant de son véhicule. Si ce dernier doit être immobilisé, certains assureurs pourront accepter de revoir leur tarif.”  

Un remboursement de la différence au prorata de la durée de la période de confinement national est peu probable, en revanche, car une telle disposition est rarement prévue dans les contrats. 

L’assurance au kilomètre fait payer cher sa souplesse 

Les restrictions de circulation vont faire regretter à certains de ne pas avoir souscrit une assurance dite “au kilomètre”. Le principe est le suivant : l’assuré n’active la pleine couverture que lorsqu’il emprunte son auto. Le reste du temps, le véhicule est couvert au tiers. “Ces contrats s’avèrent intéressants pour de petits rouleurs. Mais attention, le coût au kilomètre est plus élevé que dans un contrat classique”, analyse Julien Fillaud. “Par conséquent, ils reviennent plus cher à l’année.”  

Pour se consoler, l’automobiliste pourra toujours se dire que la crise du coronavirus lui permettra de faire de belles économies de carburant et de pneus — à défaut de l’autoriser à cesser ses versements à son assureur. Ce dernier, en revanche, se prépare à devoir assumer le paiement d’indemnités dans le cadre des assurances chômages contractées avant les arrêts de travail induits par la période de confinement. Dans leur ensemble, les compagnies d’assurance souffrent des mauvaises conditions sur les marchés boursiers : leur situation sera moins enviable encore lorsqu’elles seront appelées au chevet d’entreprises à court de trésorerie, faute d’activité. 

Le défaut d’assurance coûte cher à la collectivité

Depuis le mois d’octobre 2019, les radars les plus sophistiqués sont capables d’interroger le fichier national des assurés. Ainsi, l’automobiliste coupable d’un excès de vitesse ou d’un franchissement de feu rouge se voit de surcroît mis à l’amende en cas de défaut d’assurance. Objectif, lutter contre un fléau qui ruine des vies en faisant peser de lourdes obligations de paiement durant des décennies.

Soucieux de faire prendre conscience des conséquences d’un défaut d’assurance, le comparateur d’assurances Les Furets a choisi au début du mois de mars 2020 de rappeler à leurs responsabilités les constructeurs qui, par souci d’esthétique, photographient leurs véhicules sans aucun talon vert visible au pare-brise. “Belle voiture, mais où est sa vignette d’assurance ?”, s’exclame le furet à lunettes sur une affiche faisant face à l’image d’une splendide Ford Puma ou d’une Renault Captur flambant neuve. Même chose dans la presse magazine avec, toujours, le même objectif : sensibiliser les automobilistes aux conséquences potentiellement dramatiques d’une économie à courte vue.

Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 700.000 personnes rouleraient sans assurance. Plus grave, jamais autant d’accidents n’ont été causés par des automobilistes non assurés. Leurs victimes sont indemnisées par le Fonds de Garantie des Assurances obligatoires (FGAO) qui est habilité à se retourner contre l’automobiliste non-assuré pour en obtenir le remboursement. Ce sont là des centaines de milliers d’euros échelonnés sur toute une vie, parfois même sur celles des descendants.

Source : challenges.fr/automobile/